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75% de la population mondiale vivra en ville en 2050

GIZMODO FR
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SATURDAY, JULY 13, 2013 6:51 AM GMT

Une étude qui vient d’être publiée par Navigant Research nous révèle que le nombre de citadins augmentera de 75 % dans le monde d’ici 2050 et passera de 3,6 à 6,3 milliards d’individus.

Au milieu de ce siècle, deux terriens sur trois seront donc devenus urbains, ce qui supposera de relever à une échelle inédite de nouveaux défis dans les domaines de l’énergie, de l’urbanisme, de l’environnement, des transports ou encore de la sécurité (Voir rapport).

Ce rapport précise qu’en 2025 la planète comptera 37 mégalopoles, dont chacune aura une population supérieure à 10 millions d’habitants. Sans surprise, 22 de ces villes se trouveront en Asie.

L’OCDE, pour sa part, rappelle que les grandes mégapoles mondiales, qui occupent aujourd'hui 2 % de la surface du globe, consomment les trois quarts de l’énergie produite par la planète et émettent 80 % du CO2 d’origine anthropique.

Pour surmonter les gigantesques problèmes que va entraîner la concentration de plus de 6 milliards d’individus dans des pôles urbains qui dépasseront parfois les 30 millions d’habitants, les états mais également les collectivités territoriales et les entreprises vont devoir investir des sommes colossales, non seulement pour réaliser ou moderniser les indispensables infrastructures physiques mais également pour concevoir et mettre en place une multitude de réseaux interactifs permettant une gestion intelligente, réactive et efficiente de ces mégapoles tentaculaires.

Le rapport de Navigant Research prévoit d’ailleurs que le marché des technologies urbaines passe de 6,1 milliards de dollars par an en 2012 à 20,2 milliards de dollars en 2020, ce qui correspond à un triplement en moins de 10 ans !

Parallèlement, il y aura environ 30 milliards d’objets connectés sans fil dans le monde en 2020, d’après l’évaluation d’ABI Research et toutes les grandes mégapoles de la planète vont être profondément transformées par l’arrivée de cet « Internet des objets » qui va métamorphoser les villes en système auto organisé, en interaction permanente avec leurs habitants.

C’est dans ce contexte que La Métropole Nice Côte d’Azur, la ville de Nice en partenariat avec Cisco, a inauguré récemment le premier « boulevard connecté » afin de combiner ces deux concepts : l’Internet des objets et la gestion de l’espace urbain.

Cette synergie nouvelle doit permettre une gestion administrative, environnementale et énergétique du territoire plus efficiente et moins coûteuse pour la collectivité. Mais il s’agit également pour cette métropole de conforter son image « high-tech » et de développer son attractivité économique de manière à attirer de nouvelles entreprises.

Dans les principales artères qui traversent le centre-ville, plus de 200 capteurs ont été installés dans la chaussée, sur les containers contenant les déchets et sur les lampadaires assurant l’éclairage public.

Ces capteurs qui ont une durée de vie de plus de 10 ans, transmettent en permanence une multitude d’informations très utiles, grâce à un réseau Wifi, au centre de gestion municipale et aux habitants. Mais ce système -et c’est là la grande innovation- ne se contente pas de retransmettre en vrac l’ensemble des données obtenues. Il est capable, grâce un outil logiciel spécifique extrêmement sophistiqué, de trier, d’analyser et de hiérarchiser ces données pour les transformer en informations utiles à forte valeur collective.

L’idée à terme est que chaque objet de l’environnement urbain, route, arbres, bâtiment, panneaux de signalisation, feux tricolores etc., devienne un véritable collecteur d’informations et « veilleur » autonome, capable de repérer une anomalie dans son proche environnement et de faire remonter cette information vers la plate-forme de gestion municipale qui générera l’action la plus appropriée après analyse de la situation.

Ce type de gestion interactive de la ville agit simultanément sur trois niveaux : en premier lieu il gère les équipements municipaux de manière plus efficace et plus fine, en tenant compte en temps réel de l’évolution de l’environnement. Il s’agit d’apporter à chaque habitant un service beaucoup plus personnalisé, en optimisant en permanence les ressources disponibles.

Mais à un second niveau, cet outil constitue également un système d’évaluation incomparable de l’action municipale. Avec ce système, il devient en effet possible de procéder à des micro- expérimentations dans une rue ou un quartier et d’en évaluer la pertinence très rapidement de manière à orienter les décisions publiques.

Enfin à un troisième niveau, ce système permet une connaissance beaucoup plus complète des problèmes spécifiques auxquels sont confrontés les habitants d’un secteur donné et il devient possible alors de mettre en place une politique d’anticipation sociale visant à agir le plus en amont possible quand une personne, une famille ou les habitants d’un quartier sont confrontés à des difficultés particulières.

Les impératifs d’efficacité publique et de maîtrise des coûts économiques rejoignent ici la nécessité d’une approche sociale plus globale et plus préventive des nouveaux problèmes qui caractérisent les grandes métropoles.

Parmi les activités qui connaissent la mutation la plus rapide sous l’effet de ces nouveaux outils technologiques, on trouve évidemment le secteur stratégique des déplacements et des transports urbains. Dans ce domaine, des expérimentations foisonnent partout en France.

À Valence par exemple, il sera possible, à la rentrée 2013, de régler son billet de bus en achetant un « sticker-transport », à coller sur son mobile. Dans ce cas de figure, la collectivité a fait un choix pragmatique et a opté pour le tag RFID, une solution plus simple et plus pratique, pour l’instant, que le paiement sans contact (NFC) qui nécessite un smartphone de nouvelle génération.

Ce système permettra également aux usagers de recharger directement leur abonnement à partir de leur mobile et de faire l’objet de contrôles électroniques, y compris quand leur téléphone sera éteint. Mais l’outil proposé à Valence va plus loin et intégrera également un simulateur informatique d’itinéraire permettant en quelques secondes d’optimiser un déplacement en transports en commun sur l’ensemble de l’agglomération.

Le public jeune et souvent « Geek » n’a pas été oublié et pourra contacter un agent virtuel, baptisé Théa, pour lui poser directement des questions.

A Strasbourg, la ville a fait un choix un peu différent et propose à présent toute une panoplie de services directement réglables à l’aide du paiement sans contact.

Les Strasbourgeois peuvent ainsi régler directement leur redevance de stationnement dans toute l’agglomération à l’aide de ce mode de paiement appelé à se généraliser rapidement puisque les puces NFC équipent la quasi-totalité des nouveaux smartphones.

Mais cette technologie sans fil permet également le règlement électronique des achats auprès de quelque 5 000 commerçants du département.

Le troisième volet, sans doute le plus prometteur, de ce nouvel outil, s’appelle StrasPlus. Son principe de fonctionnement est très simple : en passant à proximité d’un des 1 400 points de connexion de l’agglomération strasbourgeoise, toute personne équipée d’un smartphone peut avoir accès à une multitude d’informations locales très utiles et très complètes concernant la circulation urbaine, le tourisme ou le patrimoine.

À Lyon, la municipalité a également présenté récemment tout un ensemble de projets et d’expérimentations visant à utiliser les technologies numériques pour améliorer l’efficacité urbaine et la qualité de vie des habitants.

L’un de ses projets, Optimod'Lyon est particulièrement ambitieux. Il consiste en une plate-forme intégrant l’ensemble des informations concernant les différents modes de transport. Ce système, qui résulte d’une coopération technologique et financière entre une dizaine de partenaires publics et privés devrait permettre, à terme, une prévision fine et fiable des flux de déplacements urbains, qui permettra d’agir plus efficacement en cas de problèmes.

Une autre application, complémentaire de la première, repose sur le GPS et permettra à partir de la fin de l’année de connaître les emplacements de stationnement disponibles et de calculer l’itinéraire de déplacements urbains optimal, en fonction des caractéristiques du trafic.

Il faut enfin évoquer l’exemple remarquable de Besançon, une ville moyenne (120 000 habitants) qui a fait le choix il y a déjà plus de 20 ans, d’opter pour une plate-forme logicielle unique et intégrée conçue par IBM.

Depuis 2011, cette plate-forme, après une montée en puissance progressive intégrant les différents services et activités de la ville, gère l’ensemble des prestations administratives et techniques de cette commune, ce qui permet à la fois une réactivité et une efficacité beaucoup plus grande dans l’action des services municipaux et une évaluation en temps réel des moyens disponibles et des coûts collectifs que représentent les différents services de la ville.

Partout en Europe, les villes font assaut d’imagination pour développer et proposer à leurs habitants de nouveaux services numériques destinés à améliorer leur vie quotidienne.

Il n’est bien sûr pas question ici de pouvoir recenser ces myriades d’expérimentations mais certaines méritent d’être évoquées. À Santander par exemple, une métropole de 200 000 habitants qui est la capitale régionale de la Cantabrie, au nord de l’Espagne, la municipalité a fait installer plus de 12 000 capteurs qui sont disséminés dans les bâtiments municipaux, les chaussées, les bus et les lampadaires. Ce réseau électronique permet de recueillir de nombreuses informations qui sont ensuite transmises à une plate-forme de gestion municipale.

Mais là où le système devient original, c’est qu’il permet aux habitants d’accéder librement à l’ensemble de ces informations en utilisant leur mobile.

L’application la plus populaire dans cette ville connectée s’appelle « Prenons le pouls de la ville ». Elle incite directement les habitants à signaler aux services municipaux les anomalies, incident ou problème qu’ils pourraient remarquer. Pour ce faire, il suffit d’envoyer un SMS ou une photo vers un service dédié. Ce « cahier des doléances » électroniques est public et peut être consulté par tous, ce qui incite, on s’en doute, la municipalité à être très réactive dans ses interventions et ses actions pour résoudre les problèmes signalés…

En Grande-Bretagne, la ville de Bristol est également pionnière dans l’utilisation de ces technologies numériques au service des habitants (Voir Connecting Bristol).

Cette agglomération de 420 000 habitants vient d'installer de nombreux équipements connectés et interactifs (bus, boîtes aux lettres, lampadaires). Il suffit de téléphoner directement à l’un de ces objets en appelant le numéro indiqué sur sa surface pour pouvoir accéder à une multitude d’informations vocales et textuelles concernant les différents services municipaux.

Mais l’un des enjeux majeurs de cette transition vers les villes « intelligentes » sera bien sûr la réduction draconienne de la pollution urbaine et des émissions de gaz à effet de serre qui accélèrent dangereusement le réchauffement climatique.

Une récente étude européenne, réalisé sur 9 métropoles situées dans différents pays de l’Union, a montré que les principaux polluants liés au transport, dont les particules fines, réduisaient de manière significative l’espérance de vie des citadins en cas d’exposition prolongée. Un calcul par extrapolation a permis de calculer qu’en France cette pollution entraîne probablement autour de 15 000 décès anticipés par an.

À ces graves conséquences sanitaires et médicales, longtemps sous-estimées, il faut ajouter le coût économique et social collectif considérable lié à la saturation des flux de transports urbains. Une étude récente du cabinet britannique CEBR a en effet montré que le coût global, direct et indirect, des embouteillages en France (hors coût lié aux dépenses de santé) était de l’ordre de 5,6 milliards d’euros par an, soit plus de 600 € pour chaque foyer se déplaçant en voiture !

La mutation rapide de nos villes en systèmes auto organisés, interactifs et intelligents devrait permettre également de révolutionner les déplacements urbains en les rendant à la fois beaucoup plus efficaces, plus sobres sur le plan énergétique et beaucoup moins polluants pour la planète.

Il faut en effet bien comprendre que des citadins ne renonceront définitivement à l’usage de la voiture en ville que lorsqu’ils auront à leur disposition d’autres alternatives et solutions aussi confortables et souples en termes de déplacements. Or c’est précisément ce que commencent à pouvoir offrir certaines villes qui ont anticipé cette mutation de la mobilité et proposent à l’ensemble de leurs habitants des solutions de transports souples, personnalisées et répondant mieux à l’extrême diversité des demandes.

Mais quels que soient les efforts que feront les métropoles pour diminuer la place de la voiture particulière et favoriser l’usage d’une large panoplie de transports collectifs ou collaboratifs (de type covoiturage intelligent), la réduction massive du coût énergétique et environnemental des déplacements urbains ne pourra être obtenue qu’en actionnant également le puissant levier de l’urbanisme et de l’aménagement urbain.

Un seul exemple montre à quel point les choix urbains sont déterminants sur le plan énergétique environnemental : la comparaison entre deux villes de population comparable, Barcelone en Espagne et Atlanta aux États-Unis. Barcelone est caractérisée par un tissu urbain très dense, de type méditerranéen et la consommation d’énergie par habitant y est plus de 10 fois inférieure qu’à Atlanta, une ville tentaculaire, qui s’étale sur une surface 25 fois plus grande que la capitale de la Catalogne.

Les responsables politiques devront donc avoir le courage d’expliquer à leurs concitoyens qu’il sera impossible de gagner la bataille de l’environnement, de la lutte contre le réchauffement climatique et des transports fluides et propres, sans ouvrir le débat sur la densification urbaine et la conception de villes en trois dimensions, articulées autour d’éléments urbains de très grande hauteur qui pourront, grâce à la conception de bâtiments intelligents et à une végétalisation omniprésente et intégrée à ces immeubles, offrir une très grande qualité de vie à leurs habitants, tout en réduisant considérablement l’ensemble des nuisances inhérentes au fonctionnement urbain, pollution, consommation énergétique, bruit, insécurité, solitude…

En dernière analyse, la transition vers ces villes intelligentes ne relève donc pas d’une fascination technophile ou d’une utopie technologique mais bien d’une nécessité absolue : reconstruire et réinventer une nouvelle « urbanité » qui combine efficacité économique énergétique, innovations technologiques, création culturelle et liens sociaux.

Je crois donc que, loin d’être des mégapoles froides et inhumaines, les villes du futur, si nous faisons les choix sociaux et politiques consistant à mettre l’homme au cœur de leur invention, seront, en dépit d’une technologie ubiquitaire et omniprésente, des lieux où se développeront et s’exprimeront de nouveaux réseaux de coopération et de solidarité et dans lesquels pourront s’épanouir ce qui a toujours fait la singularité et la richesse des villes depuis la Grèce antique : l’imagination créatrice et l’innovation dans tous les domaines d’activités humaines.

Initialement publié sur RTflash, cet article est reproduit avec l’aimable autorisation de René TRÉGOUËT, Sénateur Honoraire et fondateur du Groupe de Prospective du Sénat



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